Un chantier en préparation à l'approche des grandes échéances à venir
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Virtuellement qualifiée pour la Coupe du monde 2027 après sa victoire difficile en Suède (84-69), l'équipe de France peut regarder vers le Qatar avec sérénité, mais certainement pas avec insouciance. Les Bleus ont encore un an pour construire une équipe autour de Victor Wembanyama, exploiter un secteur intérieur exceptionnel et surtout régler un problème récurrent d'adresse extérieure. Cette fenêtre internationale a permis à Frédéric Fauthoux d'obtenir de précieux enseignements, tout en faisant apparaître plusieurs chantiers majeurs.
L'essentiel est assuré. Ou presque.
En s'imposant dimanche en Suède 84-69, l'équipe de France a réalisé un pas quasiment définitif vers la Coupe du monde 2027 au Qatar. Avec encore quatre rencontres à disputer, deux en novembre et deux en février, une seule victoire supplémentaire suffira aux Bleus pour valider mathématiquement leur billet.
Mais derrière le résultat, cette rencontre a surtout offert un condensé des forces et des faiblesses actuelles de la sélection française.
Une adresse extérieure longtemps catastrophique, un secteur intérieur dominateur, un Victor Wembanyama incontournable mais autour duquel tout reste encore à construire, et un banc capable de changer le cours d'une rencontre.
À un an du Mondial, Frédéric Fauthoux connaît désormais mieux l'ampleur du travail qui l'attend.
Une soirée qui aurait pu tourner au cauchemar
Pendant plus de trois quarts-temps, le scénario a été inquiétant.
Dans le Globe, l'impressionnante enceinte sphérique suédoise où les Bleus avaient déjà vécu une immense désillusion lors de l'Euro 2003, la France a longtemps semblé incapable de se libérer.
La Suède y a cru.
Portée notamment par un excellent Pelle Larsson, auteur de 23 points, elle a exploité les difficultés françaises et conservé l'avantage jusque dans les dernières minutes.
À quatre minutes de la fin, les Suédois menaient encore 65-64.
Le spectre d'une nouvelle désillusion face à un adversaire largement à la portée des Bleus commençait sérieusement à planer.
Mais contrairement à ce qui s'était produit lors de l'Euro précédent, la France a cette fois trouvé les ressources pour changer le scénario.
Un terrible 3 sur 26 à trois points
Le principal problème français est apparu très clairement : l'adresse extérieure.
Après 26 minutes de jeu, les Bleus affichaient un effrayant 3 sur 26 à trois points.
Des tirs souvent ouverts.
Des situations plutôt bien construites.
Mais presque rien ne rentrait.
Une faiblesse qui rappelait forcément de mauvais souvenirs. Lors de l'Euro précédent, la France avait terminé son huitième de finale perdu contre la Géorgie avec un 6 sur 36 derrière l'arc.
Cette fois, les Bleus ont évité de connaître la même issue.
Mais le problème n'a pas disparu pour autant.
Sur leurs quatre rencontres disputées au mois d'août, toutes remportées, les Français n'ont inscrit que 35 tirs à trois points sur 131 tentatives.
Soit seulement 26,7 % de réussite.
Un chiffre beaucoup trop faible pour une équipe qui ambitionne de jouer le titre mondial au Qatar.
Strazel change complètement le match
Il aura fallu une étincelle.
Elle est venue de Matthew Strazel.
Absent l'été précédent en raison d'une blessure, le meneur a totalement relancé les Bleus alors que ceux-ci semblaient s'enfoncer.
À partir de la fin du troisième quart-temps, l'ancien joueur de Monaco a accéléré.
En quelques minutes, il a inscrit 11 points et délivré 2 passes décisives, permettant notamment à Maxime Raynaud de profiter de plusieurs situations favorables près du cercle.
Ses deux tirs à trois points ont également eu un effet libérateur sur l'ensemble de l'équipe.
Comme si les Bleus avaient soudainement retrouvé leur adresse.
Après avoir passé une grande partie de la rencontre à arroser derrière l'arc, ils ont terminé avec un spectaculaire 7 sur 11 à trois points dans les douze dernières minutes.
Le match venait de basculer.
Un 18-4 pour éviter le piège suédois
La France a alors montré un tout autre visage.
Défensivement, les Bleus ont considérablement augmenté leur intensité.
Offensivement, les espaces sont apparus et l'adresse est enfin revenue.
Jaylen Hoard, Victor Wembanyama et Sylvain Francisco ont notamment participé à l'accélération finale.
Alors que la Suède menait encore 65-64 à quatre minutes du terme, la France a terminé la rencontre sur un impressionnant 18-4.
Score final : 84-69.
Un écart de quinze points qui ne raconte finalement qu'une petite partie de la difficulté rencontrée pendant la soirée.
Frédéric Fauthoux ne cherchait d'ailleurs pas à masquer les problèmes.
« Ç'a été dur... comme attendu », reconnaissait le sélectionneur, qui préférait toutefois retenir la force mentale affichée par son groupe et la qualité de son dernier quart-temps.
Wembanyama, le centre du projet français
Au-delà de cette qualification désormais presque acquise, le principal chantier des douze prochains mois porte un nom : Victor Wembanyama.
Comment construire l'équipe de France autour de lui ?
Comment exploiter au maximum ses qualités sans rendre le jeu français trop prévisible ?
Et surtout, quels joueurs associer à celui qui devrait être la pièce centrale du projet tricolore au Qatar ?
Même dans une rencontre où tout n'a pas été parfait, Wembanyama a encore produit une ligne statistique impressionnante.
Le Français termine avec 18 points à 6 sur 7 au tir, 8 rebonds, 2 passes décisives et 3 contres.
Il a également perdu trois ballons, preuve que certains réglages restent nécessaires.
Mais sa capacité à modifier une rencontre des deux côtés du terrain est évidente.
Apprendre à jouer avec « l'Alien »
Le problème est presque paradoxal pour Frédéric Fauthoux.
L'équipe de France doit apprendre à construire son jeu autour de Wembanyama alors qu'elle doit régulièrement évoluer... sans lui.
Les fenêtres internationales obligent le sélectionneur à composer avec les disponibilités des joueurs NBA et Euroligue.
Les groupes changent.
Les automatismes sont difficiles à installer.
Et le noyau qui devrait véritablement disputer la Coupe du monde ne sera réuni qu'à l'été prochain, au moment de préparer la compétition.
Le staff français dispose donc de très peu de temps pour résoudre une équation particulièrement complexe.
Car autour de Wembanyama, les possibilités sont nombreuses.
Un secteur intérieur peut-être sans équivalent
C'est probablement la plus grande évolution du basket français.
Pendant de longues années, le jeu offensif des Bleus reposait essentiellement sur leurs lignes arrière.
Aujourd'hui, le centre de gravité se déplace.
La France dispose d'un secteur intérieur d'une richesse exceptionnelle.
Wembanyama en est évidemment la figure centrale, mais Rudy Gobert, Maxime Raynaud et les autres intérieurs à disposition du staff offrent une multitude de possibilités.
Même privé au dernier moment de Gobert, touché au mollet, le groupe français a dominé la Suède près du cercle.
Les Bleus ont notamment capté 13 rebonds offensifs.
Quelques jours auparavant, ils avaient déjà largement imposé leur puissance intérieure lors de leur victoire 92-67 contre la Slovénie.
Pour Fauthoux, cette capacité à dominer dans la raquette constitue une force relativement nouvelle qu'il faudra apprendre à exploiter.
Trouver le bon équilibre entre jeu intérieur et extérieur
C'est probablement là que se trouve la clé du futur système français.
Posséder une domination intérieure aussi importante devrait mécaniquement créer des espaces pour les joueurs extérieurs.
Les défenses seront obligées de se resserrer autour de Wembanyama et des autres grands.
Des tirs ouverts vont apparaître.
Encore faudra-t-il les convertir.
Avec 26,7 % à trois points sur les quatre rencontres du mois d'août, la France est encore très loin du rendement nécessaire.
À très haut niveau, une équipe peut difficilement espérer aller au bout d'une Coupe du monde en laissant autant de tirs ouverts sans sanctionner ses adversaires.
Le contraste avec la fin de rencontre en Suède est d'ailleurs particulièrement intéressant.
Lorsque les tirs extérieurs sont enfin tombés dedans, toute l'attaque française s'est libérée.
Quel cinq autour de Wembanyama ?
La question des associations sera également centrale.
Faut-il entourer Wembanyama d'un maximum de shooteurs ?
Faut-il au contraire exploiter pleinement la puissance du secteur intérieur en alignant plusieurs grands simultanément ?
Quelle place donner à Gobert ?
Quels meneurs sont les plus complémentaires avec Wembanyama ?
Comment intégrer des joueurs comme Evan Fournier, Matthew Strazel, Sylvain Francisco ou encore Jaylen Hoard dans la hiérarchie offensive ?
Fauthoux possède beaucoup de solutions.
C'est une chance.
Mais cela représente également un problème à résoudre.
Le sélectionneur le reconnaît lui-même : le principal défi sera de trouver l'équilibre entre tous les talents disponibles afin d'en tirer le meilleur.
Un groupe qui n'existe pas encore vraiment
C'est une autre difficulté majeure.
L'équipe de France qui disputera potentiellement la Coupe du monde 2027 n'a encore jamais véritablement joué ensemble.
Entre les indisponibilités, les contraintes des calendriers NBA et Euroligue et les changements de groupe imposés par les fenêtres internationales, Fauthoux doit constamment reconstruire.
Les sélections de juin et d'août ont ainsi présenté des visages très différents.
Le sélectionneur doit donc profiter de chaque rassemblement pour observer un maximum de joueurs et déterminer ceux capables de s'intégrer dans son futur projet.
C'est aussi pour cette raison que cette fenêtre estivale possède une importance supérieure aux simples résultats.
Une qualification désormais presque acquise
Sur le plan comptable, les Bleus peuvent en revanche souffler.
Après leurs résultats de l'été et notamment leurs victoires contre la Slovénie et la Suède, ils sont désormais virtuellement qualifiés pour la Coupe du monde 2027.
Il leur reste quatre rencontres à disputer.
Une seule victoire suffira pour officialiser leur présence au Qatar.
Sauf immense catastrophe, la France participera donc bien au prochain Mondial.
Le véritable enjeu se situe désormais ailleurs.
Il ne s'agit plus seulement de se qualifier.
Il faut construire une équipe capable d'aller chercher une médaille, voire davantage.
Douze mois pour transformer un potentiel immense en équipe
Le potentiel est considérable.
Peu de nations peuvent rêver de bâtir leur équipe autour d'un joueur comme Victor Wembanyama tout en disposant d'une telle profondeur dans le secteur intérieur et d'autant de possibilités sur les lignes arrière.
Mais le talent brut ne garantit rien.
L'histoire récente des Bleus l'a suffisamment démontré.
Frédéric Fauthoux et son staff disposent désormais d'environ un an pour résoudre plusieurs équations : améliorer l'adresse extérieure, définir les rôles, trouver les meilleures associations, construire une hiérarchie offensive et surtout déterminer la manière la plus efficace d'utiliser Wembanyama.
Le sélectionneur préfère pour l'instant retenir les enseignements positifs.
La domination intérieure en fait partie.
La capacité à gagner une rencontre malgré une adresse catastrophique pendant près de trois quarts-temps également.
Et la réaction mentale affichée en Suède constitue une autre satisfaction.
La France devrait donc être au rendez-vous du Qatar en 2027. Mais entre participer au Mondial et être prête à le gagner, le chemin reste important. Avec Victor Wembanyama comme pièce maîtresse et un réservoir de talents rarement aussi impressionnant, les Bleus possèdent les armes. Reste désormais à trouver la bonne formule.
Par Nico







